La disparition progressive des cookies tiers transforme en profondeur le marketing digital. Les marques, les agences et les e-commerçants doivent repenser leurs stratégies d’acquisition et de fidélisation. Au cœur de cette mutation : la data first-party, c’est-à-dire les données collectées directement auprès des clients et des visiteurs. Bien exploitées, ces données deviennent la colonne vertébrale d’une stratégie marketing digitale performante, respectueuse de la vie privée et pérenne.
Pourquoi la fin des cookies tiers bouleverse le marketing digital
Les cookies tiers ont longtemps été le socle de la publicité en ligne. Ils permettaient de suivre les utilisateurs de site en site, de mesurer les conversions et de diffuser des campagnes display ultra ciblées. Google Chrome met désormais fin à ce modèle, après Safari et Firefox. Ce changement s’inscrit dans une tendance plus large : montée des réglementations (RGPD, ePrivacy), renforcement des bloqueurs de publicité, et attentes croissantes des consommateurs en matière de confidentialité.
Pour les annonceurs, l’impact est majeur :
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Perte de précision dans le ciblage publicitaire sur les plateformes basées sur les cookies tiers.
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Difficultés accrues pour attribuer les conversions aux bons leviers marketing.
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Risque de dépendance encore plus forte aux walled gardens (Google, Meta, Amazon, etc.).
Dans ce nouveau contexte, la stratégie marketing digitale doit se recentrer sur les actifs propriétaires : le site web, l’emailing, le CRM, les applications mobiles, et surtout la data first-party.
Comprendre la data first-party : un levier stratégique clé
La data first-party, ou données de première main, regroupe toutes les informations collectées directement par l’entreprise auprès de son audience, avec son consentement. Elle se distingue de la data second-party (données d’un partenaire) et de la data third-party (données achetées à des fournisseurs externes).
Quelques exemples concrets de données first-party :
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Adresse email, nom, prénom, informations de compte client.
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Historique de navigation sur votre site et votre application (pages vues, catégories consultées, temps passé).
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Historique d’achats, panier moyen, fréquence de commande.
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Préférences déclarées (centres d’intérêt, thématiques, canaux de communication favoris).
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Interactions avec vos newsletters, campagnes SMS et notifications push.
Cette data first-party présente plusieurs avantages décisifs pour une stratégie marketing digitale :
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Fiabilité : les données sont issues de vos propres points de contact.
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Durabilité : elles restent exploitables sur le long terme, indépendamment des changements techniques des navigateurs.
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Conformité : correctement gérées, elles s’intègrent dans un cadre RGPD clair et maîtrisé.
Définir des objectifs marketing clairs autour de la data first-party
Avant de collecter plus de données, il est essentiel de savoir pourquoi. Une stratégie marketing digitale data-driven commence par des objectifs précis, alignés avec le business.
Parmi les objectifs les plus fréquents :
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Augmenter le taux de conversion sur le site grâce à une meilleure personnalisation.
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Améliorer la rétention client et la fréquence d’achat via des campagnes CRM plus pertinentes.
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Optimiser les budgets publicitaires en s’appuyant sur des audiences first-party mieux segmentées.
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Construire une vue unifiée du client (single customer view) pour tous les départements : marketing, vente, service client.
Ces objectifs servent de boussole pour décider quelles données first-party collecter, comment les structurer et comment les activer dans les différents canaux marketing.
Mettre en place une collecte de data first-party intelligente et conforme
La collecte de data first-party doit être pensée dès la conception de vos parcours digitaux. L’enjeu n’est pas de collecter « le plus possible », mais de récolter des informations utiles, avec transparence et respect de la vie privée.
Quelques leviers stratégiques de collecte :
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Formulaires enrichis : inscriptions à la newsletter, création de compte, demandes de devis. Vous pouvez poser des questions ciblées (secteur d’activité, taille d’entreprise, centres d’intérêt) en veillant à ne pas décourager l’utilisateur.
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Programme de fidélité : un programme bien conçu incite les clients à s’identifier et à partager davantage de données transactionnelles.
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Contenus premium : livres blancs, webinaires, outils en ligne, configurateurs. En échange d’un contenu à forte valeur ajoutée, les visiteurs acceptent plus facilement de laisser des informations.
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Quiz, sondages et préférences : des formats interactifs permettent de collecter des données déclaratives précieuses pour la personnalisation.
Cette collecte doit s’accompagner d’une gestion rigoureuse du consentement :
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Utilisation d’une plateforme de gestion du consentement (CMP) conforme au RGPD.
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Explication claire des finalités : personnalisation, mesure d’audience, prospection commerciale.
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Possibilité pour l’utilisateur de modifier facilement ses préférences.
Structurer et centraliser les données dans une architecture data adaptée
Collecter de la data first-party ne suffit pas. Encore faut-il la rendre exploitable pour le marketing digital. C’est là qu’interviennent les solutions d’architecture data, comme les Customer Data Platforms (CDP) ou les data warehouses marketing.
Les enjeux principaux :
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Unification des profils : regrouper les données issues du site web, de l’application, du CRM, des points de vente physiques et des campagnes médias autour d’un identifiant client unique.
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Nettoyage et normalisation : éviter les doublons, corriger les erreurs, harmoniser les formats (emails, numéros de téléphone, codes produits).
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Accessibilité : permettre aux équipes marketing, data et produit de consulter et d’activer les données simplement, sans dépendre uniquement des équipes techniques.
Une CDP ou un data warehouse moderne devient alors le centre nerveux de la stratégie marketing digitale basée sur la data first-party.
Activer la data first-party dans les principaux leviers marketing digitaux
Une fois la data first-party centralisée, l’enjeu est de la transformer en actions concrètes. Les cas d’usage sont nombreux et couvrent l’ensemble du funnel marketing.
Sur le site web et l’application, la personnalisation peut s’exprimer de plusieurs façons :
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Recommandations de produits basées sur l’historique de navigation ou d’achat.
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Affichage dynamique de bannières ou de messages en fonction du segment (nouveau visiteur, client fidèle, prospect B2B, etc.).
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Relances personnalisées de panier abandonné.
Dans vos campagnes CRM (email, SMS, push), la data first-party permet :
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Une segmentation avancée (par valeur client, affinités produit, cycle de vie).
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Des scénarios automatisés (onboarding, réactivation, post-achat, anniversaires).
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Des contenus dynamiques adaptés en temps réel à chaque destinataire.
En acquisition payante, les plateformes publicitaires proposent de plus en plus de fonctionnalités basées sur la data propriétaire :
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Audiences personnalisées à partir des listes CRM (emails, numéros de téléphone hachés).
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Audiences similaires (lookalike) construites à partir de vos meilleurs clients.
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Mesure des conversions server-side, via des solutions comme le server-side tagging ou les API de conversion.
Cette activation multiplateforme permet de compenser la perte de granularité liée à la fin des cookies tiers et de renforcer la performance globale des campagnes.
Mesurer la performance marketing sans cookies tiers : nouveaux modèles d’attribution
La mesure est l’un des enjeux les plus sensibles dans un univers cookieless. Les anciens modèles basés sur le tracking cross-site deviennent moins fiables. Les marques doivent donc adapter leurs approches d’analytics et d’attribution.
Plusieurs pistes se dessinent :
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Attribution orientée événements first-party : se concentrer sur les signaux générés sur vos propres canaux (logins, conversions, micro-conversions).
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Modèles d’attribution basés sur les données agrégées : analyse par cohortes, comparaison de périodes, tests géographiques.
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Incrementality testing : mesurer la valeur incrémentale réelle des campagnes via des tests A/B ou des groupes exposés vs non exposés.
La data first-party joue ici un rôle central, puisqu’elle fournit une base solide pour relier les interactions digitales aux résultats business, même dans un environnement où le suivi utilisateur est plus fragmenté.
Mettre la privacy et la transparence au cœur de la relation client
Construire une stratégie marketing digitale basée sur la data first-party impose de renforcer la confiance. Les consommateurs acceptent plus volontiers de partager leurs données lorsqu’ils comprennent la valeur qu’ils en retirent et qu’ils se sentent respectés.
Quelques bonnes pratiques :
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Expliquer clairement pourquoi vous collectez certaines informations et comment elles améliorent l’expérience client.
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Éviter les formulaires excessivement intrusifs si la contrepartie n’est pas perçue comme suffisamment forte.
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Mettre en place des tableaux de bord ou des centres de préférences où l’utilisateur peut gérer ses données et ses abonnements.
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Travailler main dans la main avec les équipes juridiques et DPO pour s’assurer que les pratiques sont conformes aux cadres réglementaires.
Cette approche axée sur la confiance devient un avantage compétitif à long terme et renforce la qualité de votre data first-party.
Faire évoluer son organisation vers un marketing digital véritablement data-driven
La réussite d’une stratégie marketing digitale basée sur la data first-party ne repose pas uniquement sur la technologie. Elle implique une transformation organisationnelle.
Les priorités sont multiples :
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Développer les compétences data au sein des équipes marketing : compréhension des indicateurs, capacité à interpréter les insights, culture du test & learn.
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Favoriser la collaboration entre marketing, IT, data, juridique et ventes pour aligner les objectifs et les outils.
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Mettre en place des rituels d’analyse réguliers pour ajuster les segments, les scénarios, les budgets média en fonction des performances observées.
À terme, la data first-party ne doit plus être vue comme un projet isolé, mais comme un socle structurant de l’ensemble de la stratégie marketing digitale.
La fin des cookies tiers impose de revoir les habitudes mais ouvre aussi une opportunité : celle de construire des relations plus directes, plus qualitatives et plus durables avec ses clients, en s’appuyant sur une data first-party maîtrisée, éthique et créatrice de valeur.
